Relier la chirurgie mondiale, la justice sociale et les soins en santé pelvienne
Dre Lina Roa est urogynécologue, dont le parcours l'a menée de la Colombie jusqu'au Canada, à travers une formation clinique dans quatre provinces, puis vers un fellowship à la Harvard Medical School axé sur la chirurgie mondiale et le changement social.
Son travail dans des contextes humanitaires et à ressources limitées — où elle est souvent la seule spécialiste disponible — a façonné son approche des soins chirurgicaux et approfondi son engagement envers les communautés mal desservies, tant à l'échelle mondiale qu'ici au Canada. Dans cet entretien, elle réfléchit à ce qui l'a attirée vers l'intersection entre la chirurgie et la justice sociale, et à ce qu'elle a appris en chemin.

Pouvez-vous nous raconter votre histoire? Vos origines, votre formation et les lieux où vous l'avez complétée, ainsi que les mentors ou influences qui vous ont guidée vers ce domaine?
LR : Je suis née et j'ai grandi en Colombie, mais en raison de l'instabilité politique du pays, ma famille a immigré au Canada quand j'étais adolescente. Ce déménagement m'a lancée sur un parcours d'apprentissage et d'adaptation continus. Ma formation m'a conduite à travers tout le pays : études de premier cycle à l'Université de Calgary, école de médecine à l'Université de Toronto, résidence à l'Université de l'Alberta, et formation de fellowship à l'Université de la Colombie-Britannique. En chemin, j'ai appris les fondements de la médecine centrée sur la patiente pour répondre aux besoins des individus.
Pourtant, à mesure que mes compétences cliniques se développaient, ma conscience de ce qui manquait s'affûtait également. J'ai constaté que bon nombre des maladies et des iniquités que je rencontrais étaient enracinées non seulement dans la biologie, mais aussi dans les structures des systèmes de santé et de la société elle-même — des domaines sur lesquels on ne nous encourage pas à nous concentrer durant la formation chirurgicale. En quête de réponses, j'ai poursuivi une formation complémentaire, obtenant une maîtrise en santé publique à la Harvard T.H. Chan School of Public Health, suivie d'un Paul Farmer Fellowship de trois ans en chirurgie mondiale et changement social à la Harvard Medical School. Pendant cette période, mes recherches portaient sur l'amélioration des soins chirurgicaux, sous un prisme de justice sociale, avec l'engagement de prioriser celles et ceux qui ont historiquement été marginalisés.

Qu'est-ce qui continue de vous motiver et de soutenir votre engagement dans ce travail?
LR : Ma motivation est façonnée par ce que je vois autour de moi chaque jour. Dans les manchettes et dans les réalités vécues — du Soudan et de la Palestine à l'Ukraine, aux États-Unis, et même au sein de nos propres communautés — je vois l'érosion constante des droits humains, des obstacles croissants à l'accès aux soins et le rétrécissement des libertés reproductives. Ce ne sont pas des crises lointaines ; ce sont des crises profondément humaines.
Pourtant, même au milieu de tout cela, je suis continuellement frappée par autre chose : la persistance tranquille de personnes qui refusent d'accepter l'injustice comme inévitable. Des professionnel·le·s de la santé qui continuent de se présenter, des défenseur·e·s qui prennent la parole malgré les risques, et des patientes qui insistent sur leur dignité malgré l'adversité. Leur courage me soutient. C'est cette détermination collective qui guide mon engagement envers la justice sociale et envers l'offre de soins chirurgicaux de haute qualité à celles et ceux qui ont été systématiquement mal desservi·e·s.

En quoi votre travail à l'étranger diffère-t-il de votre pratique au Canada?
LR : Travailler dans des contextes humanitaires et à ressources limitées exige une approche des soins légèrement différente. Les outils diagnostiques, l'équipement de salle d'opération et les soutiens pré- et postopératoires sont souvent limités et différents, ce qui fait de l'adaptabilité, de la créativité et de l'aisance avec l'incertitude des compétences essentielles. Dans bon nombre de ces contextes, je suis fréquemment la seule spécialiste disponible, ce qui reflète la profonde pénurie mondiale de chirurgien·ne·s.
Les patientes se présentent souvent avec des affections complexes et avancées, façonnées par la pauvreté et la négligence systémique, notamment une malnutrition sévère, de l'anémie et des comorbidités chroniques non traitées. Je rencontre fréquemment des présentations cliniques rares dans les milieux à revenus élevés — comme les fistules obstétricales et les blessures graves liées à la violence sexuelle — souvent aggravées par des défis contextuels tels que les conflits actifs, le déplacement et le traumatisme psychologique. La rareté des ressources pour des soins pré- et postopératoires sûrs crée des défis qui diffèrent considérablement de ceux que nous rencontrons au Canada, et exige non seulement des compétences techniques, mais aussi de l'humilité, de la résilience et un profond respect pour la réalité de la vie des patientes.
Quelles leçons avez-vous tirées de votre travail à l'étranger, et en quoi cela a-t-il influencé votre pratique ici au Canada?
LR : Ces expériences ont approfondi mon appréciation de ce qui peut sembler des ressources infinies au Canada, tout en aiguisant ma conscience des iniquités qui persistent au sein de notre propre système de santé. Une proportion substantielle de patientes vivant avec des troubles du plancher pelvien au Canada n'accèdent pas aux soins, attendent beaucoup trop longtemps — ou ignorent même qu'il existe des soins efficaces. Celles qui sont les plus touchées sont souvent des personnes ayant un niveau de scolarité formelle moins élevé, des individus confrontés à des obstacles socioéconomiques, et des patientes vivant dans des communautés rurales ou éloignées.
Cette prise de conscience a renforcé mon engagement envers le soutien aux populations immigrantes mal desservies et l'élargissement de l'accès au-delà des centres urbains, ainsi qu'envers l'appui à la prestation de soins dans les communautés rurales et nordiques, là où le besoin est souvent le plus grand et les services les plus limités.
Quels conseils pourriez-vous offrir aux urogynécologues en début de carrière?
LR : Je suis moi-même une urogynécologue en début de carrière, alors je ne suis pas tout à fait certaine d'être qualifiée pour dispenser trop de sagesse. Cela dit, lorsque j'aborde mon travail en santé mondiale, j'entends souvent des chirurgien·ne·s plus avancé·e·s dans leur carrière dire qu'ils et elles auraient souhaité s'être engagé·e·s dans ce type de travail à un moment ou l'autre.
Alors, si travailler à l'étranger ou auprès de populations mal desservies ici au pays est quelque chose qui vous intéresse même un peu, mon conseil est d'essayer. Il n'y aura jamais de moment parfait — il y a toujours de nombreuses autres responsabilités qui appellent à la maison — mais prenez le temps quand même, et cela en vaudra la peine !
